VELO CLUB DE CLAMECY UFOLEP

Petite Reine déchue

A propos du " dopage "
lundi 9 juillet 2007 par jipe

Petite Reine déchue

Ami cycliste, je dois me débarrasser d’une colère qui gronde en moi depuis peu…Tu le sais, je suis née en 1885 et cette date me donne l’avantage d’être la doyenne encore en vie de la planète terre. Je me porte à merveille et je suis même de plus en plus fringante et légère depuis que la technique a fait un bond en avant grâce à l’avènement des matériaux modernes…

Voilà l’objet de mon courroux : on ne m’appelle plus la « petite reine » depuis une affaire de course contre la montre ou contre les montres dans le célèbre tour de France. A cette occasion mon maître s’est retrouvé les menottes aux poings, emmené par la police tel un vulgaire brigand de grand chemin. J’ai eu tant de peine à voir ce pauvre coureur de talent, qui m’avait fait escalader des cols et des côtes avec tant de courage, qui m’avait fait peindre des gros pois rouges sur mon cadre comme ceux de son maillot, accusé de tricherie, de criminel envers la nature et la morale des bien pensants…Que lui reprochait-t-on à lui et ses équipiers ? D’avoir absorbé des substances « illicites » afin d’être plus performant ?

Pourquoi lui et son entourage, alors que tout le monde pratique cette « chose » depuis la nuit des temps, depuis l’origine des hommes ? Le vin des romains, l’Uzo des grecs dans l’antiquité, la gnôle dans les rations des poilus de 14-18, les doses importantes de caféine des étudiants qui travaillent la nuit, n’avaient-ils pas le même objectif ? Et la potion magique tant mise à l’honneur dans des bandes dessinées lues par les enfants ? Si on avait vraiment voulu aborder le problème du dopage car il s’agit de cela, par le fond n’aurait-il pas fallu en interdire la parution ? N’est-ce pas dans la nature humaine de chercher à améliorer ses performances par tous les moyens naturels et artificiels ? N’est-ce pas logique, quand on cherche à fabriquer l’athlète idéal, le tombeur de records, le surhomme physiologique, de faire appel à la science, fut ce-t-elle celle des laboratoires pharmaceutiques ? Si au lieu de parler de dopage on avait évoqué l’assistance scientifique et médicale ? N’est ce pas renoncer au progrès en luttant contre une aide de la chimie ? Les moralistes ont argumenté leurs actions au nom de l’égalité des chances ; celui qui a les moyens de se faire aider par la médecine a plus de chances que les autres…

Tout le monde s’en fout de l’égalité, tout le monde sait que tous les sportifs prennent ce qu’ils pensent bon pour faire mieux…Le public veut du spectacle, des performances, des sensations il faut donc que les acteurs se dépassent …Notons que celui qui ne prend rien n’existe pas… Un peu de vitamine par ci, un peu de thé par là, un stage en haute altitude ailleurs, une transfusion de sang dans une clinique privée de préférence, tous les moyens sont bons pour soigner une allergie. Qu’y a-t-il d’immoral à remplacer un stage en haute montagne par de l’EPO ? Au moins cela économise des voyages en avion…C’est une vieille dame qui te parle, je n’aime pas prendre l’avion, on me démonte, on me maltraite, on me met dans une soute froide et mon carbone s’effrite…Pour en revenir à mon maître, j’avoue que toutes les fibres de mon cadre ont frémi devant une telle injustice ; mettre au pilori un sportif qui exerce son métier, qui sacrifie une partie de sa vie pour aller au bout de son rêve : gagner, au prix de sa santé future…Combien d’êtres humains sont-ils prêts à aller aussi loin pour leur travail ? Combien de professionnels se défoncent pour leur métier ? J’en ai vu des coureurs se faire mal à l’entraînement, des heures durant, des jours, des années pour arriver à un résultat, et on les casse au nom de quelle morale, celle de leur bien être ? celle de leur avenir ? celle de leur santé ? pour protéger les jeunes qui sont la relève ? Tout le monde s’en fout ! A-t-on emprisonné un fabricant d’amiante ? Un épandeur de pesticides ? J’en reçois plein les pneus de ces produits toxiques en me promenant dans la campagne, quand je vois les poisons sortir en gouttelettes derrière les tracteurs ; on lutte contre le tabagisme, mais on permet à certains d’empoisonner la terre pour quelques points de rendement à l’hectare… Ami cycliste, tu vis une ère d’hypocrisie, une guerre contre des sportifs qui ne sont dangereux que pour leur santé. On veut qu’ils soient exemplaires, pour la jeunesse, qu’ils ne trichent pas tandis que le petit écran montre à longueur de journée tout ce qu’il y a de plus violent et de plus pervers dans la nature humaine ; même les dessins animés pour les tout petits regorgent de violence et de tricherie, la poésie se meurt…

C’est bien connu, il n’y a que la compétition pour engendrer la tricherie, celui qui met des talonnettes dans ses chaussures ne triche pas sur sa taille, celle qui se met du parfum ne triche pas sur son odeur, celui qui regarde la copie de son voisin ne triche pas sur les résultats, il y a des milliers d’exemples comme ceux là, mais on ne compare pas une habitude de comportement de la majeure partie de la population à l’ignominie des sportifs…On triche en parlant de tricherie, au pire on dénonce…Mes copines, petites reines comme moi, disent que dans un peloton tous les cadres sont dopés, entendons nous, quand on insère les atomes d’un métal dans un autre pour le rendre plus rigide on le dope…Un peu de manganèse dans du silicium et le transistor apparaît…C’est du doping, mais comme tout le monde le pratique, il y a égalité des chances…Les sportifs ne sont pas des délateurs, ceux qui se sont fait pincer ont supporté tous les coups bas. Chacun s’est défendu comme il l’a pu, souvent avec maladresse, toujours individuellement,

laissant croire que les autres étaient innocents. Comme il était facile pour

« l’opinion » de culpabiliser ces jeunes qui n’avaient dans leur bagage intellectuel que des années de pédalage…S’ils avaient su réagir devant l’adversité autrement que par la fuite en avant ou le mensonge, s’ils avaient répondu en disant : « nous sommes majeurs, professionnels, conscients de la brièveté de notre carrière, laissez nous en paix avec notre avenir… », la donne n’aurait pas été la même. Mais « l’opinion » a le comportement de la meute, quand une composante fait mine d’être faible elle la dévore, haro sur les petits…Là, il n’y a plus de moralité, « l’opinion » est assassine, elle tue pour tuer, pour se débarrasser de celui qui a failli, au nom de ses valeurs qui ne sont que les siennes…Qui veut-on sauver qui dans ce monde anti dopage ? Certainement pas quelques sportifs, cyclistes de surcroît, la plupart meurt après une carrière bien remplie, dans l’anonymat le plus complet. Ceux qui font la « une » des journaux, terrassés en pleine activité sont moins nombreux que ceux qui sont fauchés par des chauffards, eux, vraiment anonymes…

Moi l’ex petite reine, je pense souvent à mon Tommy, Simpson de son nom, foudroyé dans un Ventoux, désert de cailloux chauffés toute la journée par un soleil ardent, escaladé en plein cagnard côté sud, pour des raisons d’horaires et de publicités… Même mon pédalier souffrait de la chaleur, mes pneus étaient au bord de la rupture d’anévrisme…Personne n’a parlé d’hyperthermie, d’absence d’oxygène, on a préféré porter l’attention sur miss amphétamine, « l’opinion » avait besoin d’elle pour se déculpabiliser…Ne pas avouer qu’elle se repaît des images spectaculaires de coureurs en perdition dans un effort ultime…Ne pas reconnaître que la mort qui guette à chaque virage dans la descente d’un col fait vendre du papier et multiplie les heures d’écoute. Il est évident que l’amphétamine n’a rien arrangé quand Tommy a eu son coup de chaud, mais en faire un argument pour déclencher une guerre unilatérale contre le sport cycliste me révolte, me donne envie de déjanter ou d’éclater un pneu…

Ne crois pas ami cycliste que je fais l’apologie du dopage, je préfèrerais que l’on ne verse que de l’eau claire dans les bidons des coureurs, mais ils iraient moins vite, moins loin, et leur spectacle serait déprécié, abandonné par le monde qui les nourrit et qui se nourrit à leurs dépens. Car le fond du problème se trouve là où les bourses se vident (sic). Le moteur du sport professionnel est le fric et tout le monde se partage la galette, les sponsors, les fabricants de produits dopants et il n’est pas prouvé que les satellites ne gagnent pas plus que la planète…Alors moi, petite reine je serre mes freins de rage devant l’injustice et le mal que l’on fait à un sport que j’aime. Je grince de la chaîne de voir que les victimes sont toujours du même côté, que mes coureurs voient leurs carrières brisées, fichues, tandis que le monde autour d’eux continue son manège hypocrite et jette son dévolu sur d’autres sportifs…

Ami cycliste pardonne mon ire, elle est à l’image de ma souffrance mais de mon espoir aussi, car je suis certaine que de ce fléau du dopage sortira une médication miracle, qui sauvera des vies humaines, que les cyclistes cobayes apporteront au monde la preuve que l’évolution se fait dans le bon sens du progrès et de la perfection…

Jipe

 


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